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Les Maudit Gones

La compagnie lyonnaise des Maudits Gones donnera comme chaque année une représentation au profit d’Actions Mongolie.
Cette année, c’est LE PÈRE de Florian Zeller qui sera joué à la Maison du Peuple de Pierre Bénite, le mardi 20 février 2018 à 20.30 heures.
Vous pouvez réserver vos places dès maintenant sur notre billetterie en ligne :

Un "Père" écorché vif

La pièce de Florian Zeller navigue somptueusement dans les eaux noires de la vieillesse

Que se passe-t-il dans cet appartement feutré ? La fille du vieil homme qui est en scène a-t-elle vraiment dit qu’elle allait le laisser seul à Paris pour s’installer à Londres ? Ou l’homme l’a-t-il rêvé ? Le quadragénaire qui se déplace dans le salon et dans la cuisine, est-ce un inconnu ou un familier que la mémoire ne parvient plus à reconnaître ? Et l’appartement où l’on est, est-ce bien celui de cet homme âgé ou croit-il être chez lui alors qu’il est ailleurs, chez les siens ou chez des étrangers ? 

La nouvelle pièce de Florian ZellerLe Père, n’est pas sur la maladie d’Alzheimer, mais navigue dans ces noires eaux-là. Centrée sur un personnage en fin de vie, qui perd ses repères et s’accroche à une existence qu’il ne veut pas quitter, mais dont il ne comprend plus les règles. Elle donne à voir un état mental où l’incompréhension du monde mène à une certaine méchanceté, mais surtout à une détresse saisissant le corps et l’âme. 

Tout n’est pas expliqué ici, mais la trame est évidente. Le vieil André ( la pièce a été écrite pour Robert Hirsch) est devenu trop fragile et incohérent pour rester seul chez lui. Sa fille s’occupe de lui en réfléchissant aux trois solutions envisageables : le faire garder par une aide-soignante, le prendre au domicile conjugal, le mettre dans une maison spécialisée. Les aides-soignantes viennent, mais André ne les supporte pas, ou ne les reconnaît pas. Sa vie est un enfer et il rend celle des autres infernale.

Pourtant, la pièce à laquelle on assiste n’a rien d’une chronique réaliste. On ne sait jamais si la séquence qui surgit est plus vraie ou plus réelle que celle qui la précède ou que celle qui va suivre. Les actions se contredisent. Des personnages ont parfois des répliques qui viennent d’être dites par d’autres. Qui parle vraiment ? Qui existe vraiment ? Qui sont ces doubles ? L’une des aides-soignantes est-elle vraiment le sosie de l’autre fille d’André, qui n’est pas là, mais dont il est beaucoup question ? L’oeuvre a assurément la forme d’un puzzle. Florian Zeller précise dans l’édition du texte* : "C’est un puzzle auquel il manque toujours une pièce, sans qu’on sache quelle pièce exactement." 

De quoi craindre le pire hermétisme ? Pas du tout ! Écriture et spectacle s’avèrent d’une clarté surprenante et d’une profonde humanité. Le spectateur perd le réflexe de tout vouloir saisir et entre immédiatement dans le désarroi de cet homme, dans ses vérités qui partent en morceaux. Zeller mêle, extraordinairement, le cérébral et le sensible, sans jamais appuyer sur le pathétique. Ce qui, au-delà de sa descente en enfer, fait le destin de cet homme, il l’évoque en quelques touches : l’absence de la deuxième fille, la pensée de la mère depuis longtemps disparue. 

Florian Zeller se situe dans la continuité des auteurs qui aiment à laisser un fort pourcentage d’incertitude dans leur récit, tel l’Anglais Harold Pinter autrefois ou le Norvégien Jon Fosse aujourd’hui. C’est au public d’emplir lui-même les manques qui demeurent dans l’histoire proposée. Cette écriture du plein et du vide, Zeller ne la pratique pas de façon artificielle ou péremptoire. Il la développe de façon pudique et personnelle.

Florian Zeller a tracé à sa manière, avec des lignes qui se brouillent pour mieux tendre et retendre les traits du dessin, la fin de vie d’un écorché vif. Ce très beau spectacle de guerre et de paix intérieures semble baigné de la lumière des grands peintres.


Publié le  Le Point.fr (par Gilles COSTAZ)